Claude Henricot est agriculteur à Corbais, il vient de récolter son froment. Il a réussi sa culture sans insecticide, et une partie sans fongicide.
« Je suis persuadé qu’il n’est pas illusoire de croire qu’un jour on pourra faire de l’agriculture sans produits phytos de synthèse pour autant qu’on ait (1) une vie auxiliaire adéquate, (2) une nutrition équilibrée et (3) un sol qui fonctionne bien » clame Claude Henricot. « C’est déjà possible en céréales pour les fongicides et les insecticides, que je n’ai pas utilisés cette année sur mon froment. Et mon rendement est resté plus que correct : largement au-dessus de 100 quintaux à l’hectare ». Et l’agriculteur de préciser son propos : « grâce à la météo j’ai pu faire ainsi cette année, mais j’ai besoin de ma pharmacie en cas de climat défavorable. Pour l’avenir, faire sans fongicide et sans insecticide pour les autres cultures ne me semble pas une utopie, par contre, pour faire sans herbicide, à moins d’avoir une armée de désherbeurs dans les champs, des expérimentations sont encore nécessaires. »
Une métaphore simple est de comparer ses dires à l’être humain et de transformer sa phrase d’entrée en « on peut se passer de médicaments de synthèse pour autant que l’on soit entouré d’alliés qui nous protègent et que l’on se nourrisse de manière équilibrée. Si on est vraiment malade, on consulte le médecin et seulement ensuite, on se rend à la pharmacie. »
L’agriculture corbésien l’avoue : « dans les fermes on vient nous vendre des packs de médicaments en début de saison, comme si on savait si on allait tomber malade à l’avance. Si j’ai besoin de médicaments, je les prendrai mais en dernier recours, et je les achèterai à ce moment-là. »
La problématique des pesticides en agriculture tombe soudain comme une évidence …
En ce qui concerne la nutrition des plantes, on parle souvent des engrais azotés, élément clé pour le rendement. Tout autant d’importance est à accorder aux autres éléments nutritifs dont la plante a besoin en plus faible quantité. Claude Henricot insiste sur l’objectif premier de la nutrition : « il faut booster la photosynthèse ». Et dans ce processus, quelques éléments clés sont impliqués. S’ils viennent à manquer, la machine ne fonctionne pas à son plein potentiel. « Grâce à la société TMCE, je me procure des minéraux essentiels à mon sol. Et avec l’aide de Greenotec, je produits moi-même des purins d’ortie et de prêle dont l’utilisation fine me permet de diminuer l’utilisation des produits phytos » poursuit le sexagénaire.
« Un grand tournant dans ma vision de la nutrition des plantes s’est produit quand j’ai été écouter l’américain John Kempf lors de sa venue dans une ferme à Corroy il y a 10 ans, rendue possible par une autre ASBL de conseil indépendant, Regenacterre » (voir notre édition du 30 septembre 2016). Cet agriculteur expérimentateur partage ses découvertes : un meilleur équilibre dans la nutrition des plantes les rend plus résistantes aux maladies. Il pense également que l’immunité d’une plante se transfère au sol sur lequel elle pousse. La clé est d’optimiser la photosynthèse de la plante qui pourra à son tour transférer dans le sol, des exsudats racinaires, qui nourriront les organismes présents dans la terre. Cette faune démultipliée et boostée sera alors à même de digérer des éléments du sol initialement inaccessibles à la plante qui la rendront plus résistante aux maladies. Et Claude Henricot de conclure : « tout ça ne s’est pas fait en deux coups de cuillères à pot avec des yaka et des faukon. Notre force c’est de (4) se parler entre collègues qui essaient, de (5) réaliser des tours de plaine par petits groupes. Et tout cela, on le fait avec Greenotec, dont le personnel est malheureusement menacé de diminution. »
Moins de pesticides : oui, mais avec quel soutien ?
L’ASBL Greenotec risque de perdre 4 à 7 employés sur un total de 10 suite à la fin des subsides octroyés par le plan de relance de la Wallonie.
Les actions entreprises par l’ASBL Greenotec risquent d’être mises à mal par les réductions budgétaires annoncées. Les conseils agricoles promulgués par ses conseillers sont pourtant nécessaires dans un contexte de transition de l’agriculture vers moins de pesticides.
Le Ministre Coppieters le criait dans L’Avenir du 19 juillet 2025 : « Je ne peux plus entendre qu’il n’y a pas d’alternatives aux pesticides ». Ce cri courtois faisait suite au cycle d’auditions au Parlement wallon sur les pesticides et leurs effets sur la santé et l’environnement.
En effet, les alternatives ne manquent pas et commencent à être diffusées sur le terrain par des conseillers agronomiques indépendants. Cet élan a entre autres été rendu possible grâce à un vaste programme appelé « Terraé » lancé par sa prédécesseuse, Céline Tellier et financé grâce au plan de relance de la Wallonie (voir l’Edition de L’Avenir du 13 novembre 2023).
A l’heure où nous écrivons ces lignes, il n’est pas prévu de renouveler le programme Terraé et en prime, des réductions budgétaires aux structures d’encadrement agricoles sont à l’ordre du jour. Cela aura des conséquences sur l’ensemble du tissu de vulgarisation agricole et en particulier pour l’ASBL de conseil en agroécologie, Greenotec, qui risque de perdre quatre à sept employés sur un total de dix.
L’ASBL Greenotec a pour but de rechercher et de diffuser des solutions innovantes et concrètes aux problèmes pratiques que les agriculteurs rencontrent dans l’adoption de pratiques agricoles qui protègent les sols et favorisent les services dits « écosystémiques » rendus par la nature. La diminution des pesticides en est un exemple. Les conseils fournis sont indépendants de toute démarche commerciale. L’ASBL a été créée par des agriculteurs en 2006 et compte aujourd’hui 370 membres. Son conseil d’administration est uniquement composé d’agriculteurs, dont Claude Henricot, agriculteur à Corbais.
Les auxiliaires des cultures
Les alliés de l’agriculture, appelés « auxiliaires », sont ces insectes qui en mangent d’autres qui, eux, s’attaquent aux cultures alimentaires. Par exemple les larves de coccinelles qui se nourrissent de pucerons, les carabes qui s’attaquent aux limaces ou les staphylins qui mangent des limaces, des cochenilles et des acariens. Claude Henricot s’offusque à ce sujet : « je te défie de trouver dix agriculteurs qui reconnaissent et trouvent dans leurs champs des staphylins ».

Comment rendre les champs attractifs pour ces fameux auxiliaires ? Différentes stratégies existent. Claude Henricot a choisi de placer des haies en bordure de ses champs et même des alignements d’arbres et d’arbustes sur une parcelle de 12 hectares (voir notre reportage dans l‘Edition de L’Avenir du 18 février 2019). Mais également des parcelles étroites afin que les cultures s’alternent. Une fois qu’une culture est récoltée, les auxiliaires peuvent se réfugier dans la culture voisine sans faire des centaines de mètres, ce que leur petite taille ne leur permet pas.
Une jeune agricultrice qui progresse, inspirée par Claude Henricot
Alexandra Mataigne a repris la ferme de son père à Corbais suite à son décès inopiné il y a dix, alors qu’elle ne se destinait pas à ce métier.

C’était en 2015, le papa d’Alexandra Mataigne, âgée de 20 ans alors et habitant avec sa mère à Villers-la-Ville, décède. « Je ne me sens pas « fille de ferme » comme on dit dans le monde agricole » avoue Alexandra, rayonnante au milieu d’un champ de betterave qu’elle est occupée à désherber sous un soleil de plomb, rasette à la main. Et la jeune blonde de poursuivre : « j’adore la nature, je me fie à mon feeling et à l’énergie que les personnes que je rencontre dégagent. Fille unique de mon père, j’ai relevé le défi de poursuivre une partie de son activité, en ce qui concerne nos propres terres. Avec Mathieu Courtens, qui travaillait déjà pour mon père, on est allé voir des fermes en France pour échanger et apprendre. On a aussi beaucoup observé nos champs. C’est à ce moment là que j’ai commencé à aimer mon métier. Claude Henricot est notre voisin. Sa vision de l’agriculture fut pour nous une source d’inspiration. On voit ce qu’il fait, il donne des conférences. C’est précieux que des agriculteurs plus âgés échangent avec les jeunes et leur fassent profiter de leur expérience.
On progresse pas à pas. On a fait évoluer notre parc machine, en achetant par exemple un déchaumeur à disques. Mon rêve serait d’avoir un semoir à disques pour semer des gros couverts végétaux multi-espèces. On en implante déjà qui couvrent le sol d’août à mars, soit huit mois ! C’est presqu’une jachère. Côté produits phytos, je n’ai pas envie de passer au bio mais je veux raisonner les apports. On va beaucoup observer nos champs nous-mêmes pour voir s’il faut les traiter. Côté labour, ça dépend. Quand je peux, en fonction de la météo, je m’en passe. L’agriculture, ce n’est pas facile. On ne peut pas avoir un discours blanc ou noir. »
Article publié dans L’Avenir Brabant-wallon du 11/08/2025



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