Une ferme « climat-positive »

Luc Joris vient de rentrer dans un programme de rémunération du carbone séquestré dans ses champs. Il pourrait recevoir plus de 2000 € chaque année.

Luc Joris est agriculteur à Chastre, où il gère une ferme de 225 hectares de cultures. Betteraves, chicorées, endives, pommes de terre, pois, céréales, maïs et prairies. Ça fait longtemps qu’il réfléchit, qu’il discute avec des collègues agriculteurs, qu’il lit des revues agricoles spécialisées dans le but de diminuer le travail du sol, les pesticides et les engrais synthétiques.

S’il avait déjà compris que son sol ne devait jamais rester nu et qu’il fallait le couvrir en permanence pour y injecter du carbone grâce à la photosynthèse des plantes, il lui fallait par ailleurs arrêter de déstocker ce carbone durement gagné, à chaque fois qu’il travaillait le sol. Il y a trois ans, il fait le grand saut et arrête le labour profond.

Luc Joris est entré dans le programme de rémunération du carbone de Soil Capital. Son sol est son outil de travail. Il l’observe régulièrement.

Les secrets d’un bilan séquestrateur de carbone ?

L’arrêt du travail profond du sol permet d’une part d’arrêter de déstocker du carbone, d’autre part, c’est une économie de gasoil non négligeable. Retourner la terre sur une profondeur de 30 cm est le poste le plus énergivore d’une ferme.

La couverture permanente des sols couplée à l’utilisation de plantes de la famille des légumineuses permet un apport de carbone gratuit grâce à la photosynthèse et d’azote gratuit grâce à la fixation symbiotique permise par les légumineuses. 

L’utilisation de compost et de fumier permet de diminuer les apports d’engrais minéral fabriqué par les usines d’engrais très énergivores en pétrole. C’est tout gain pour le bilan carbone global de la ferme qui tient compte du carbone nécessaire aux intrants utilisés sur la ferme.

D’une pierre deux coups, il améliore son revenu tout en ayant des pratiques positives pour l’environnement. En effet, en économisant des intrants (gasoil, engrais synthétiques), il diminue les rejets de CO2 issus de la fabrication et de l’utilisation de ceux-ci. En plus, il augmente le contenu en matière organique de ses sols (le carbone) et obtient des terres plus résilientes face à la sécheresse, aux inondations et aux maladies.

Luc Joris a également planté des haies, éléments favorables à son bilan carbone. Il disposait d’une grande parcelle de 45 hectares d’un seul tenant qu’il n’a pas hésité à couper en trois avec des haies multi-espèces jouxtées de bandes d’herbes diverses destinées à fournir le gîte et le couvert aux insectes auxiliaires.

Pour l’année 2020, la tonne de carbone séquestrée sera rémunérée 27,50 € et rapportera un peu plus de 2000 € à la ferme de Luc Joris. Le prix de la tonne de carbone devrait évoluer à la hausse et l’agriculteur estime avoir encore des marges de progression sur la séquestration : « stocker du carbone, ce sont deux actions : d’abord arrêter la dégradation du stock d’humus, car c’est là qu’est le carbone et ensuite nourrir le sol grâce à des couvertures de sol variées et des cultures performantes, le tout sans injecter trop de chimie, car la chimie, c’est du carbone qui vient d’ailleurs ».

Cet article a été publié dans le journal l’Avenir du 24/09/2020


Sur le même sujet

2 réponses à “Une ferme « climat-positive »”

  1. […] salle où Soil Capital a présenté son outil de rémunération du carbone dans les sols agricoles (voir dans un article précédent). Le Ministre a eu l’air conquis : « vous êtes clairement un allié des agriculteurs, vous […]

  2. […] Luc Joris vient de rentrer dans un programme de rémunération du carbone séquestré dans ses champ… […]